05/06/2016

Shutter Island, Dennis Lehane


Septembre 1954 : le Marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck arrivent par bateau sur "Shutter Island", au large de Boston ; c'est un hôpital psychiatrique pour assassins et malades dangereux. Ils sont mandatés par les autorités de cette hôpital-prison, car l'une des patientes, Rachel Solando, manque à l'appel.

L'enquête policière commence alors, à la recherche de cette patiente, qui s'est enfuie alors que sa cellule était fermée à clé de l'extérieur.
Les deux policiers font le tour de l'île, découvrent un cimetière, des falaises escarpées, un phare abandonné et essaient de décrypter le seul indice que Rachel ait laissé : une simple feuille de papier sur laquelle est écrite une suite de chiffres et de lettres apparemment incohérente.

Progressivement, entre interrogatoires des derniers patients à avoir vus Rachel et entretiens avec médecins et aide-soignants, on découvre un monde secret et angoissant... Il semblerait qu'il y ait un mystère sur "Shutter Island", mais lequel ?

Ce roman fait plus qu'évoquer la psychiatrie des années 50 qui arrive à un tournant ; la lobotomie trans-orbitale pratiquée à outrance en psychochirurgie pour traiter les maladies mentales, telles que la schizophrénie, l'épilepsie, et même les maux de tête chroniques vit ses derniers jours.
En effet, l'arrivée des premiers neuroleptiques, du traitement par le lithium et des premiers antidépresseurs va mettre fin à cette pratique d'un autre âge.

C'est avec un rythme haletant que Dennis Lehane (qui nous avait déjà largement bluffés avec "Mystic River") nous fait voyager dans le présent et dans le passé du Marshal Teddy Daniels, nous laissant entrevoir un bout de vérité avant de le cacher à nouveau par un épais rideau. 

J'avais déjà vu l'adaptation cinématographique du roman ; cela m'a aidé à entrevoir "une certaine vérité", car je pense qu'il n'y a pas qu'une seule solution à ce mystère ! Chacun peut y voir ce qu'il veut. 


29/05/2016

Ambulance 13, Patrice Ordas, Alain Mounier, Sébastien Bouet


Je termine la lecture des tomes 5 et 6 de cette superbe série... le jour où la France et l'Allemagne commémorent le centenaire de la bataille de Verdun !

Le 22 janvier 1963, le Général de Gaulle et le Chancelier allemand Adenauer avaient signé un traité, entérinant la relation de confiance et d'amitié qui s'est instaurée entre les anciens ennemis héréditaires, à peine dix ans après le début de la réconciliation, amorcée par la déclaration Schuman de 1950 et actée par la création de la Communauté économique européenne en 1957. 

Cette réconciliation enterre définitivement une période sombre qui aura coûté la vie à des millions de soldats français et allemands. 

2016 marque l'inauguration du Mémorial de Verdun.  Un devoir de mémoire, une nécessité de pardonner l'impardonnable, sans oublier l'horreur de cette guerre.

Ces tomes 15 et 16 d'Ambulance 13 dépeignent toujours l'enfer des tranchées, avec l'arrivée des américains en 1917 et leurs armées "indigènes" de soldats amérindiens, aussi mal considérés que nos tirailleurs sénégalais. Ils ne font même pas partie de l'effectif officiel de l'armée américaine... Les tueries entre indiens et soldats bleus ne sont pas si lointaines et les américains envoient les indiens au massacre !

Et toujours ce même aveuglement des Etats majors qui semblent donner des ordres complètement à côté de la réalité du terrain... Nos poilus l'appelaient "La der des ders"... Il semblerait qu'ils aient eu tort... 
Comme l'a si bien écrit Georges Clémenceau en 1886: "La guerre ! c'est une chose trop grave pour la laisser à des militaires" .

Les guerres continuent et des hommes et des femmes souffrent dans le monde entier, sous l'indifférence presque totale, malgré l'avalanche d'informations dont nous disposons actuellement, en temps réel. 




01/05/2016

L'Ambulance 13, Cothias, Ordas, Mounier


Tout juste diplômé de la Faculté de Médecine, Louis-Charles Bouteloup se retrouve sur le front début 1916. Il commande une ambulance mobile dont les infirmiers sont connus autant par leur courage que par leur irrespect pour la hiérarchie militaire. Il vient en remplacement du Docteur Jaquin, qui vient de se faire tuer au front et qui avait su se faire respecter et aimer par ses infirmiers... 
La tâche est rude pour Louis-Charles.


Il fait la connaissance d'une jeune sœur infirmière, Isabelle de Ferlon, qui l'assiste sur les tables d'opération. Cette jeune femme apporte un peu de soleil à tous les soldats, confrontés à l'horreur du champ de bataille et à la violence des affrontements dans les tranchées ou dans le no man's land. 


Comme dans la plupart des guerres, les ordres tombent comme des couperets, mènent les hommes à l'abattoir et sont suivis de contrordres. Cela donne l'impression que l'Etat Major joue avec ses hommes comme avec des soldats de plomb, les déplaçant au gré de ses envies, sur le grand échiquier de la guerre.

Les dessins sont superbes ; ils décrivent avec une grande précision les tranchées,et les conditions de vie des poilus. Les couleurs sont explicites, le gris pour les tranchées, le rouge pour la violence des obus et des blessures.
Les textes ne sont pas en reste : "Au nord, l'enfer se rapproche... Ils sont isolés, à quelques mètres des troisièmes lignes qui, bientôt, seront sans doute les premières, avec quelques hommes chargés d'endiguer une marée qui les contournera peut-être comme la mer le fait d'un château de sable avant de s'abattre sur le village...".


J'attends de lire la suite avec impatience.

22/04/2016

Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand


Poète, homme d’esprit et Capitaine des Cadets de Gascogne, Cyrano de Bergerac ne manque pas de panache ; c'est même là sa signature.  
Affublé d'un nez démesuré et inqualifiable, il se croit laid et semble avoir renoncé à l'amour. Il n'ose pas avouer à sa cousine Roxane ce qu’il éprouve pour elle car elle lui annonce qu'elle est tombée amoureuse du Baron Christian de Neuvillette, qui vient d'intégrer la troupe des Cadets de Cyrano. 
Autant Cyrano n'a pas de succès auprès des femmes, autant Christian est très bel homme, quoique peu cultivé. Sachant que Roxane, précieuse, attendra que Christian lui déclare sa flamme avec verve, Cyrano lui propose un pacte dangereux ; permettre à Christian de faire sa cour à la belle, avec ses mots à lui.  
Commence alors une véritable "joute verbale", dans laquelle Cyrano exprime ses propres sentiments pour servir son rival.  
Éminemment romantique, "Cyrano de Bergerac" exalte la passion amoureuse, la poésie et tout ce qui fait de ce héros un homme extraordinaire de par l'étendue de son intelligence, de son courage, de son sens de la justice... La tirade du "nez" est devenue incontournable et je ne prendrai que la fin de cette prouesse :
Eussiez-vous eu, d'ailleurs, l'invention qu'il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
Me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n'en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d'une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve.

A lire, relire, sans retenue... (Critique faite à 4 mains avec Marine)





"Depuis huit jours, je règne et jusqu'à ce jour,
Qu'ai-je fait pour l' honneur ? J'ai tout fait pour l'amour".
 Bérénice - Racine








15/04/2016

Madame Butterfly, Puccini



Dans une période marquée par un engouement pour l’Extrême-Orient, Puccini se plonge dans la pièce de David Belasco. On se souviendra également de la parution de "Madame Chrysanthème" en 1887, par Pierre Loti. Ce nouveau siècle est féru d'exotisme et de découvertes.

Si la musique et la mise en scène s'inspirent largement du folklore japonais pour notre plus grand plaisir avec kimonos, éventails, pivoines..., Puccini brosse surtout un portrait de femme intemporel, une femme désespérée et bouleversante de justesse et de sensibilité. Présenté à la Scala de Milan en 1904, ce drame de l’amour et de l’attente reste l’un des opéras les plus populaires du répertoire.

En japonais, « papillon » se dit « Cio Cio San ». C’est aussi le prénom de l’héroïne de l’opéra ; Butterfly étant le surnom que lui a donné l’officier américain Pinkerton, son "mari" d'un soir.

Alors que Madame Butterfly prend ce mariage très au sérieux, allant jusqu'à renier sa religion et ses traditions ancestrales, le jeune officier n'y voit qu'un jeu. Après une nuit d'amour, il reprend la route des Etats-Unis, abandonnant Madame Butterfly.
Trois ans ont passé, durant lesquels elle a attendu chaque nuit son retour.

Lorsqu'il revient à Nagasaki, il n'a pas l'intention de revoir sa "mariée" exotique... Mais le consul l'informe que Madame Butterfly a eu un petit garçon de leur union et il décide alors de la revoir.

C'est accompagné de sa femme américaine que Pinkerton, devant le désespoir de Butterfly, prend enfin conscience de sa légèreté et des conséquences qu'elles ont entraînées. Madame Butterfly confie son petit garçon à cette femme qu'elle ne connaît pas mais qui s'en occupera convenablement et se suicide. Pinkerton n'a plus qu'à pleurer sur son inconséquence.

C'est peu dire que la musique est grandiose, que les décors sobres mettent justement en valeur la couleur de la passion amoureuse. Le solo de Madame Butterfly lors duquel elle avoue guetter chaque nuit le retour de son mari est tout simplement déchirant. Personnellement, j'ai été très émue lors de ce passage, pensant à mon tour à toutes les femmes qui attendent le retour d'un homme qui ne reviendra pas.
Pinkerton avait expliqué à Madame Butterfly qu'aux Etats-Unis, on épinglait les papillons sur des cartons pour qu'ils ne puissent jamais s'échapper. Je crois qu'il a réussi à ajouter ce très joli papillon à sa collection.