01/05/2016

L'Ambulance 13, Cothias, Ordas, Mounier


Tout juste diplômé de la Faculté de Médecine, Louis-Charles Bouteloup se retrouve sur le front début 1916. Il commande une ambulance mobile dont les infirmiers sont connus autant par leur courage que par leur irrespect pour la hiérarchie militaire. Il vient en remplacement du Docteur Jaquin, qui vient de se faire tuer au front et qui avait su se faire respecter et aimer par ses infirmiers... 
La tâche est rude pour Louis-Charles.


Il fait la connaissance d'une jeune sœur infirmière, Isabelle de Ferlon, qui l'assiste sur les tables d'opération. Cette jeune femme apporte un peu de soleil à tous les soldats, confrontés à l'horreur du champ de bataille et à la violence des affrontements dans les tranchées ou dans le no man's land. 


Comme dans la plupart des guerres, les ordres tombent comme des couperets, mènent les hommes à l'abattoir et sont suivis de contrordres. Cela donne l'impression que l'Etat Major joue avec ses hommes comme avec des soldats de plomb, les déplaçant au gré de ses envies, sur le grand échiquier de la guerre.

Les dessins sont superbes ; ils décrivent avec une grande précision les tranchées,et les conditions de vie des poilus. Les couleurs sont explicites, le gris pour les tranchées, le rouge pour la violence des obus et des blessures.
Les textes ne sont pas en reste : "Au nord, l'enfer se rapproche... Ils sont isolés, à quelques mètres des troisièmes lignes qui, bientôt, seront sans doute les premières, avec quelques hommes chargés d'endiguer une marée qui les contournera peut-être comme la mer le fait d'un château de sable avant de s'abattre sur le village...".


J'attends de lire la suite avec impatience.

22/04/2016

Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand


Poète, homme d’esprit et Capitaine des Cadets de Gascogne, Cyrano de Bergerac ne manque pas de panache ; c'est même là sa signature.  
Affublé d'un nez démesuré et inqualifiable, il se croit laid et semble avoir renoncé à l'amour. Il n'ose pas avouer à sa cousine Roxane ce qu’il éprouve pour elle car elle lui annonce qu'elle est tombée amoureuse du Baron Christian de Neuvillette, qui vient d'intégrer la troupe des Cadets de Cyrano. 
Autant Cyrano n'a pas de succès auprès des femmes, autant Christian est très bel homme, quoique peu cultivé. Sachant que Roxane, précieuse, attendra que Christian lui déclare sa flamme avec verve, Cyrano lui propose un pacte dangereux ; permettre à Christian de faire sa cour à la belle, avec ses mots à lui.  
Commence alors une véritable "joute verbale", dans laquelle Cyrano exprime ses propres sentiments pour servir son rival.  
Éminemment romantique, "Cyrano de Bergerac" exalte la passion amoureuse, la poésie et tout ce qui fait de ce héros un homme extraordinaire de par l'étendue de son intelligence, de son courage, de son sens de la justice... La tirade du "nez" est devenue incontournable et je ne prendrai que la fin de cette prouesse :
Eussiez-vous eu, d'ailleurs, l'invention qu'il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
Me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n'en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d'une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve.

A lire, relire, sans retenue... (Critique faite à 4 mains avec Marine)





"Depuis huit jours, je règne et jusqu'à ce jour,
Qu'ai-je fait pour l' honneur ? J'ai tout fait pour l'amour".
 Bérénice - Racine








15/04/2016

Madame Butterfly, Puccini



Dans une période marquée par un engouement pour l’Extrême-Orient, Puccini se plonge dans la pièce de David Belasco. On se souviendra également de la parution de "Madame Chrysanthème" en 1887, par Pierre Loti. Ce nouveau siècle est féru d'exotisme et de découvertes.

Si la musique et la mise en scène s'inspirent largement du folklore japonais pour notre plus grand plaisir avec kimonos, éventails, pivoines..., Puccini brosse surtout un portrait de femme intemporel, une femme désespérée et bouleversante de justesse et de sensibilité. Présenté à la Scala de Milan en 1904, ce drame de l’amour et de l’attente reste l’un des opéras les plus populaires du répertoire.

En japonais, « papillon » se dit « Cio Cio San ». C’est aussi le prénom de l’héroïne de l’opéra ; Butterfly étant le surnom que lui a donné l’officier américain Pinkerton, son "mari" d'un soir.

Alors que Madame Butterfly prend ce mariage très au sérieux, allant jusqu'à renier sa religion et ses traditions ancestrales, le jeune officier n'y voit qu'un jeu. Après une nuit d'amour, il reprend la route des Etats-Unis, abandonnant Madame Butterfly.
Trois ans ont passé, durant lesquels elle a attendu chaque nuit son retour.

Lorsqu'il revient à Nagasaki, il n'a pas l'intention de revoir sa "mariée" exotique... Mais le consul l'informe que Madame Butterfly a eu un petit garçon de leur union et il décide alors de la revoir.

C'est accompagné de sa femme américaine que Pinkerton, devant le désespoir de Butterfly, prend enfin conscience de sa légèreté et des conséquences qu'elles ont entraînées. Madame Butterfly confie son petit garçon à cette femme qu'elle ne connaît pas mais qui s'en occupera convenablement et se suicide. Pinkerton n'a plus qu'à pleurer sur son inconséquence.

C'est peu dire que la musique est grandiose, que les décors sobres mettent justement en valeur la couleur de la passion amoureuse. Le solo de Madame Butterfly lors duquel elle avoue guetter chaque nuit le retour de son mari est tout simplement déchirant. Personnellement, j'ai été très émue lors de ce passage, pensant à mon tour à toutes les femmes qui attendent le retour d'un homme qui ne reviendra pas.
Pinkerton avait expliqué à Madame Butterfly qu'aux Etats-Unis, on épinglait les papillons sur des cartons pour qu'ils ne puissent jamais s'échapper. Je crois qu'il a réussi à ajouter ce très joli papillon à sa collection.

21/03/2016

Les douze enfants de Paris, Tim Willocks


Paris août 1572 ; un cavalier arrive aux portes de Paris dans une ambiance un peu particulière. Mattias Tannhauser, chevalier de l'Ordre de Malte, se perd bientôt dans les ruelles putrides, à la recherche de sa femme. Carla, sur le point d'accoucher a accepté l'invitation au mariage de Marguerite de Valois et d'Henri de Navarre. Il est à Paris pour la retrouver.

Dans cette cité fébrile, déchirée entre protestants et catholiques, entre quartiers riches bien gardés et cloaques où toute violence est permise, l'imminence d'un massacre dépassant tout entendement semble inévitable.

Mattias Tannhauser se retrouve face à des interrogations sans réponse, dans une ville qui se délite et où bientôt les corps seront jetés par les fenêtres et mutilés. Pas de quartier ; les enfants ne sont pas épargnés.

A la tête d'une "armée" de laissés pour compte aux caractères bien trempés, il va tenter de sauver Carla de cet enfer. On voit bien que l'auteur s'est bien documenté sur cette sombre période de la Saint-Barthélémy, les lieux, les descriptions sont époustouflants de détails. L'écriture est classique, bien écrite. Le fait qu'il soit également médecin de formation nous apporte moult détails anatomiques sur les blessures qu'il inflige à ses assaillants.

C'est sanglant ! C'est prenant ! Et d'autant plus impressionnant que j'ai eu le privilège de le rencontrer, lors des Etonnants Voyageurs à Saint-malo et qu'il est très charismatique.

07/03/2016

L'Évasion T1: Journal d'un condamné, Berthet One


C'est avec un plaisir particulier que j'écris ce commentaire sur la BD de Berthet One ; en effet, j'ai eu l'occasion de le rencontrer à Saint-Nazaire, dans une Maison de quartier où il animait un stage BD pour les jeunes, via son association "Makadam".
Berthet One signe là un premier album intitulé « L’évasion », une bande dessinée qui a été pour lui une manière comme une autre de s’évader de son quotidien carcéral. Berthet One est un homme avec un parcours atypique. Quelques écarts, une jeunesse passée dans une banlieue ghetto de la région parisienne et c'est un passage par la case prison. Paradoxalement, c'est durant les 4 années de sa peine que Berthet va préparer son avenir : il reprend des cours, passe son Bac, un BTS et se remet alors à dessiner un peu partout.

Remarqué au sein même de la prison, le buzz commence pour faire passer Berthet au rang d’artiste et d’homme libre.
Sa BD est très sympa, très cash ; il parle de tous les sujets, tels que les parloirs, les fouilles au corps, les co-détenus dangereux, le manque de rapports sexuels... Tout y passe, avec beaucoup d'humour et des dessins super chouettes.

A sa sortie de prison, il est exposé dans une galerie parisienne des beaux quartiers et s'étonne de voir que des gens riches paient pour avoir ses dessins.
Lors de son passage à Saint-Nazaire, j'ai rencontré un homme chaleureux, soucieux de faire partager son expérience avec les jeunes et de leur expliquer que la prison est bien loin  d'être une expérience intéressante. Un homme "humain" et très doué ! 

Une rencontre très sympathique et une découverte d'écriture et de dessin qui vaut le détour.