29/05/2017

Les affranchis, Martin Scorcese



Ce film de Martin Scorcese nous retrace le parcours de Henry Hill, gamin des quartiers pauvres de New-York, mi-irlandais, mi-italien, qui va monter les échelons de la Mafia, jusqu'à faire partie de cette fine équipe qui trafique tout ce qui peut se vendre, les cigarettes, les homards, les manteaux de fourrure.
Ce faisant, il devient un "affranchi", qui n'a peur de rien ni de personne, qui a des privilèges, qui passe devant les autres et pour qui une table est toujours disponible dans les boîtes à la mode...

Niveau casting, c'est du lourd : Ray Liotta (Henry) entouré de Robert de Niro (Jimmy) l'acteur fétiche de Scorcese et Joe Pesci (Tom) dans son rôle de petit teigneux susceptible... qui d'ailleurs obtient l'Oscar 1990 du meilleur second rôle.

La vie coule, les années passent, avec les petites copines, les mariages, le baptême des enfants, entourés de leurs "parrains", une "vraie famille", soudée même dans les mauvais moments.
Lorsque Henry se retrouve en prison, Jimmy prend soin de sa femme et de ses enfants, les dépanne financièrement.

C'est le meurtre de Billie Batts, un caïd sorti de prison, qui va sceller le destin des trois hommes. A partir de cette bavure, le caïd de la bande adverse va chercher à se venger à tout prix.

L'alcool, la drogue, les grosses voitures, les visons... et par-dessus tout la violence, avec comme dans la plupart de ses rôles, un Joe Pesci bien remonté, sans aucun scrupule, susceptible comme une vierge effarouchée, qui "dézingue" à tout va. Du Scorcese comme on les aime.

"La violence est une forme d'amour"
Bernard Giraudeau




05/04/2017

La chamade, Françoise Sagan



En 1965, presque dix ans après la publication de "Bonjour Tristesse", Françoise Sagan, que le Général de Gaulle a déjà baptisé un "charmant petit monstre" publie "La Chamade".

Lucile, une très jolie femme de trente ans vit avec Charles Blassans-Lignières, un quinquagénaire élégant et fortuné qui l'entoure d'un amour désintéressé et protecteur.
Lors d'un dîner mondain, Lucile rencontre Antoine, jeune journaliste entretenu par Diane, une richissime femme très en vogue dans ce milieu parisien et superficiel. A la fin du dîner, les jeux sont faits. Lucile et Antoine se plaisent.

De retour chez Charles, celui-ci, qui aime profondément Lucile, lui dit : "Antoine vous plaît : voilà. Vous donnerez suite ou non, je le saurai ou non. Je n'y peux rien."  
C'est alors le début d'une folle passion cachée, qui mène Lucile chaque jour dans le modeste appartement d'Antoine,

Malgré sa profonde affection pour Charles, lorsqu'Antoine lui demande de choisir entre eux deux, elle décide de quitter Charles. "Vous me reviendrez. Je n'ai qu'à attendre." 
Charles ne semble pas en douter. Parce qu'il aime cette femme-enfant pour elle-même et qu'il accepte son insouciance, son oisiveté. Il lui offre un monde facile dans lequel Lucile a su se glisser avecdélice et qu'elle ne tardera pas à retrouver, après une parenthèse dans "la vraie vie".

L'amour fou peut-il résister au quotidien ? Lucile est-elle capable de devenir une femme active, de perdre sa liberté de ne rien faire par amour pour Antoine ?

 Elle finit par quitter Antoine et retourne vivre auprès de Charles :"Je n'étais pas faite pour rien de ce genre... Je serais morte ou je serais devenue laide. J'étais malheureuse, Antoine". 

Dans ce nouveau roman, Françoise Sagan nous dépeint -comme à son habitude- un milieu mondain, superficiel et sans états d'âme, où l'argent et le champagne coulent à flot. 
Un monde dans lequel les femmes sont belles, portent des robes de grands couturiers et se parent de bijoux de chez Cartier. Un monde enfin dans lequel personne ne semble vraiment travailler et où l'argent et le luxe sont une évidence. 


28/02/2017

Concerto de l'adieu, Georges Delerue




En 1992, Pierre Schoendoerffer réalise le film 'Dien Bien Phu'.

En 1993, Georges Delerue reçoit le César de la meilleure musique originale pour son fameux 'Concerto de l'adieu '.

Le film nous dépeint les derniers jours avant la chute de Dien Bien Phu. Moment clé de la guerre d’Indochine qui oppose les forces de l’union française aux Vietminh, Dien Bien Phu tombe le 7 mai 1954 aux mains de l'ennemi.
Les parachutistes et les soldats de la Légion étrangère font un dernier baroud d'honneur.
Au total ce sont près de 4 000 paras et légionnaires qui affrontent 40 000 soldats vietnamiens..
Dans le film de Schoendoerffer, la soirée à l’opéra de Saïgon, nous laisse à entendre le magnifique ‘Concerto de l’adieu’ qui va accompagner les derniers soldats vers une mort certaine.
Le violon fait face aux percussions, beauté et grâce face aux bruits et fureurs de la guerre. Les 'sanglots' du violon semblent préparer la France à des deuils douloureux et à la fin d'une époque. 
Les accords de Genève vont mettre fin à la colonisation française.
C'est un déchirement tout en finesse et en virtuosité que nous offre G. Delerue.
Triste, oui, mais sublime...

'Les plus désespérés sont les chants les plus beaux
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots'
Alfred de Musset - La nuit de mai

18/01/2017

Nabucco, Verdi



Petit retour sur cet opéra vu en direct du Metropolitan Opera de New-York, au cinéma... à
Saint-Nazaire.

Opéra en quatre actes, dirigé par James Levine et avec Placido Domingo en ténor flamboyant dans le rôle du charismatique Nabucco.

La ville de Jérusalem est attaquée par le Roi de Babylone, Nabucco. Sa fille Fenena, retenue en otage par le peuple juif est amoureuse en cachette d'Ismaël, le neveu du Roi de Jérusalem. 
Abigaille, la demi-soeur de Fenena, est elle aussi amoureuse d'Ismaël.

Lorsqu'elle apprend qu'elle n'est que la fille d'une esclave, Abigaille, pour se venger de sa demi-soeur et de son père, décide de renverser Nabucco et de prendre le pouvoir de Babylone.
Nabucco, osant se proclamer l'égal des Dieux tombe terrassé par la foudre divine. Affaibli, il signe l'arrêt de mort des hébreux. Dans le célèbre air "Va pensiero", ou le choeur des juifs, ces derniers rêvent à leur patrie perdue.
Dans le dernier acte, Nabucco, tel le phénix renaissant de ses cendres, reprend les rênes de son royaume, demande le pardon aux juifs et à son peuple et ordonne à ses soldats de ne pas procéder à l'arrêt de mort.

Quatre actes, trois heures et demie pour un opéra qui traite de l'amour, de la trahison, de l'honneur thèmes chers à l'opéra classique.
En 1842, à la Scala de Milan, Verdi reprend un sujet biblique et enthousiasme le public, avec ses accents romantiques et pleins d'espoir d'une Italie qui rêve elle aussi à une unité nationale.

C'est un opéra fougueux, enflammé, avec des décors magnifiques, représentant successivement Babylone et Jérusalem.
Il nous laisse à voir les accès de rage d'Abigaille, jalouse, ainsi que la vaillance, la démesure et pour finir l'humanité de Nabucco, sous les traits de Placido Domingo, qui, a près de 75 ans, campe un Roi puissant, charismatique même dans sa démesure...
Je suis sous le charme.







19/09/2016

Les Etats d'âmes de Mme Butterfly : La maison de Claudine, de Colette



Je suis une fidèle lectrice de Colette et n'aurai pas la prétention de poster une critique de son oeuvre ou d'un de ses romans.
Je voudrais simplement vous faire partager mes émotions à la lecture de "La maison de Claudine" qui pour moi, est l'un de ses plus beaux livres.
Réparti en 35 chapitres, ce livre de nouvelles nous fait partager ses souvenirs d'enfance, sa maison , sa famille, mais surtout sa mère, Sido tant aimée.
Il fait également la part belle aux animaux, que Colette aimera  autant que sa mère.

Dans la première nouvelle "Où sont les enfants ?", Colette décrit sa maison et son jardin, ou plutôt ses deux jardins, le Jardin-du-Haut et le Jardin-du-Bas. Une maison qu'elle décrit comme boiteuse, comme son père "Le Capitaine", unijambiste : "une maison bourgeoise de vieux village,  mais la roide pente de la rue bousculait un peu sa gravité, et son perron boitait, quatre marches d'un côté, six de l'autre". Sido appelle les enfants et s'inquiète, même après sa mort ; "...elle erre et quête encore, invisible, tourmentée de n'être pas assez tutélaire : "Où sont, où sont les enfants ? ...".

Colette évoque également la jeunesse de sa mère, l'arrivée dans sa vie du "sauvage", le premier mari de Sido. La fille aînée de Sido "Ma sœur aux longs cheveux", qui passe ses journées couchée, à lire. Elle évoque aussi la petite fille qui rêve de longs voyages, mais qui, se rendant compte que la lumière du salon vient de s'allumer "goûte la condition délicieuse d'être...une de celles qui limitent leur univers... au cirque de clarté épanoui sous une lampe et que traverse, tirant un fil, une main bien-aîmée, coiffée d'un dé d'argent".

Dans "Ma mère et les bêtes", Colette nous décrit son retour d'un voyage à la capitale. 
Repue de théâtres, de musées, d'emplettes, elle rentre chez elle et apprend que "Nonoche aux trois couleurs avait enfanté l'avant-veille, Bijou sa fille, la nuit d'après"...
"Je courus à la grande corbeille débordante de chats indistincts... un tout petit chat tavelé comme une genette et qui dormait, repus, le ventre en  l'air sur ce désordre, semblait assassiné...".

Je ne citerai pas "La noce", ni "Bâ-Tou", ni les autres nouvelles qui composent ce livre. 
Elles sont plus belles et plus poétiques les unes que les autres. Nul besoin d'écrire en alexandrins pour écrire de belles choses ! Les mots sont choisis avec soin, exprimant au mieux les sentiments, les souvenirs, les sensations, les senteurs qui ont enchantées son enfance.

Je lis et relis inlassablement quelques uns des plus beaux livres écrits par Colette et je ne m'en lasse pas. Elle est certainement un écrivain de la nostalgie, un peu comme l'était Proust, mais sans snobisme, avec un naturel et une facilité déconcertants.


Albert Cohen